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Fintech : la banque sera-t-elle le prochain secteur disrupté ?

Uber, Airbnb, Netflix…une nouvelle génération d’acteurs a, en quelques mois et grâce au numérique, bouleversé irrémédiablement les règles de secteurs jusqu’alors invulnérables. Fragilisé et diabolisé depuis la crise de 2008, le secteur bancaire est-il prêt à se réinventer ? Article extrait du Networker, le magazine gratuit édité par Reputation Squad

La banque est souvent perçue comme un des secteurs les plus conservateurs et les moins enclins à se réformer. Il y a encore quelques mois, innover dans un secteur grâce au Web consistait simplement à passer au « tout Web ». Seulement voilà, de nouveaux acteurs ont totalement bouleversé certains secteurs : n’avez vous pas remarqué qu’un samedi soir, à minuit, les VTC (voitures de tourisme avec chauffeur) représentaient une grosse proportion des véhicules circulant dans Paris ? Saviez-vous qu’Airbnb était devenu le premier hôtelier au monde (en nombre de nuitées réservées) ? Et si la banque était le prochain secteur à passer à la moulinette ?

Les barrières à l’entrée du secteur bancaire ne vont pas dissuader tout le monde

« Je me lance, j’ouvre une banque », c’est bien le genre de phrase qu’il est peu probable d’entendre dans la bouche d’un entrepreneur. L’activité bancaire est en effet historiquement protégée par de nombreuses barrières à l’entrée : besoins importants en capitaux, réglementation lourde et nécessité d’avoir une taille critique. Seulement — et vous l’aurez sûrement remarqué — les secteurs qui étaient protégés hier, ne le sont plus vraiment aujourd’hui et le seront encore moins demain. Le Web n’a pas seulement fait évoluer certains secteurs, il les a bouleversés. Qui aurait pu imaginer qu’en six ans, une start-up américaine (Airbnb) ébranlerait l’hôtellerie mondiale et porterait sa valorisation au même niveau que celui du groupe Accor ? Qu’Uber obtiendrait une valorisation équivalente à celle d’Air France + Luftansa + Ryan Air + Hertz ? Nous pouvons déjà tirer deux enseignements de la tendance actuelle :
– l’hôtellerie, le tourisme et le transport léger de personnes ne sont que les premiers d’une longue série de secteurs à être touchés par cette révolution ;
– les secteurs les plus insoupçonnés tels que la construction, la santé et la banque devraient suivre.

La banque, c’est justement cela qui nous intéresse.

De la banque traditionnelle à la banque digitale : quel chemin emprunter ?

Le secteur bancaire, conscient de cette tendance, accélère fortement sur ces sujets. Est-ce que la bataille est perdue d’avance, telle que celle des taxis face à Uber ? Sûrement pas, mais au-delà des barrières naturelles liées à son secteur, la banque part avec quatre freins structurels pour se renouveler :

– une structure de grand groupe moins agile que celle des start-up.

– la concentration d’afflux importants de liquidités et de talents sur les projets les plus ambitieux (type Airbnb et Uber).

– des systèmes d’information bâtis au fur et à mesure des années, particulièrement coûteux et complexes à faire évoluer.

– des passifs (décroissance des agences bancaires par exemple) avec lesquels il faudra composer.

C’est dans ce cadre que nous pouvons trouver un début d’explication au faible niveau disruptif des banques en ligne françaises. En effet, qu’il s’agisse du service en ligne des grands réseaux ou des pure players de la banque en ligne, nous ne pouvons que constater que l’expérience de l’utilisateur reste globalement similaire d’une année à l’autre. Nous connaissons par cœur ces tableaux comparatifs avec les banques en colonnes et les services en lignes. La guerre se déroule plutôt sur les prix, la révolution attendra.

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Qu’attendons nous finalement du banquier ? Pas grand chose de plus que ce que d’autres secteurs nous apportent déjà : flexibilité, mobilité, modernité, innovation permanente … © Reputation Squad

 

La tendance : déléguer l’innovation aux start-up

Oui, la banque elle aussi rêve d’un monde parfait : moins de salariés, moins de contraintes réglementaires, une organisation agile, moins de RTT… ce monde parfait, la banque a décidé d’y mettre un pied en déléguant en grande partie aux start-up la définition de la banque du futur. Cette révolution culturelle et technologique ne se fera visiblement pas sans elles. D’ailleurs, les banques sont déjà très actives dans le capital investissement de la Fintech. Par exemple, la Banque Postale (par l’intermédiaire du fonds XAnge) est actionnaire de KissKissBankBank (Crowd funding), et Simple.com (banque en ligne américaine disruptive) a été rachetée en 2014 par BBVA pour 117 millions de dollars.

Le Fintech : 4e révolution industrielle?

La Fintech, c’est l’univers start-up appliqué au secteur bancaire et financier au sens large. Ce sont elles qui façonnent la banque de demain. Aujourd’hui, ce marché fait partie des plus porteurs identifiés par les investisseurs de la Silicon Valley. Le volume financier qu’il représente et les chiffres recueillis par Accenture parlent d’eux même (en milliards de dollars) : 0.9 en 2008, 3.0 en 2013 et entre 6 et 8 en 2018.

Concrètement, ces start-up de la Fintech se regroupent en deux catégories :
– celles qui développent les applications qui peuvent être intégrées par les grands réseaux bancaires ;
– celles qui développent les services qui concurrencent les banques traditionnelles. Ces nouvelles fonctions devraient faire passer le client bancaire dans une nouvelle ère, basée sur l’expérience utilisateur.

6 innovations séduisantes dans la Fintech …

-Rocket Bank (Russie) propose à ses clients de virer de l’argent en rentrant le numéro de carte de crédit du destinataire sur une carte virtuelle représentée sur mobile.

Simple.com (Etats Unis) permet de déposer ses chèques en les prenant en photo avec son mobile.

Number26 (Allemagne) est une banque 100% mobile avec un site similaire à celui d’une start-up. Elle propose l’ouverture d’un compte en 8 minutes avec identification par appel vidéo.

Sign2pay (Belgique) est une application qui permet de valider ses paiements en ligne en signant avec son doigt sur son smartphone.

Lending Club (Etats-Unis/France) vient d’être introduit au NASDAQ pour une valorisation de 5.4 milliards de dollars. Il s’agit d’une plateforme de crowd funding rétrocédant jusqu’à aujourd’hui des taux d’intérêt au dessus de 7% aux particuliers qui prêtent à des entreprises.

S Money (groupe BPCE, France) permet aux internautes de se transférer de l’argent via Twitter. Il suffit pour cela d’être inscrit au service et de rédiger un tweet mentionnant le montant que l’on souhaite transférer à la personne (elle même inscrite au service).

… dans un monde finalement déjà très disrupté

Disruption-dans-le-monde

© Reputation Squad

 

Les 4 géants qui veulent leur part du gâteau

Un nouveau modèle de banque pourrait émerger dès les prochaines années : le Bankless. Ce modèle prévoit que les opérations bancaires courantes ne nécessitent plus de « banque classique » mais se fassent uniquement via un smartphone ou le Web. Dans l’hypothèse de voir un tel modèle se développer, les géants du Web sont à l’affût et commencent à faire émerger leurs offres :

Apple a lancé en septembre 2014 Apple Pay, son système de paiement par mobile. Ce système s’appuie sur des partenariats avec les principales cartes de crédits américaines.

Alibaba s’est associé en 2014 avec une petite société de gestion chinoise (Thianhong Asset Management) afin de proposer des placements directement aux particuliers. Résultat, le fonds a collecté 80 milliards de dollars en un temps record !

Facebook, toujours dans sa stratégie du « tout-intégré », développe la possibilité de payer directement ses achats sur son réseau social. Cela aurait comme principal avantage pour les e-commerçants de pouvoir réduire le « tunnel d’achat » en commandant en un seul clic.

Google a lancé en 2011 Google Wallet, son propre système de paiement online. Aujourd’hui, le système est accepté chez 220 000 commerçants aux Etats-Unis et permet de payer via son mobile. Google compte sur Android (le principal système d’exploitation de smartphone dans le monde dont il est propriétaire) pour déployer son système.

Alors, plus question de se dire que le monde bancaire est un monde figé, il va juste lui falloir un peu plus de temps que l’hôtellerie et le transport pour opérer sa mutation.