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Qatar, Brésil, Russie : la Coupe du Monde FIFA a mauvaise réputation

C’est l’un des évènements les plus médiatiques du monde. Rendez-vous compte que les audiences cumulées de la Coupe du Monde de Football de 2010 représentaient 3,2 milliards de personnes, soit presque la moitié de la population mondiale de l’époque. C’est une manne invraisemblable pour son organisateur, la toute-puissante FIFA, qui croule sous les demandes de sponsoring. Pourtant, depuis quelques mois, cet évènement planétaire est au coeur de la tourmente. Des protestations de la population brésilienne aux soupçons de corruption qui pèsent sur l’attribution de la compétition à la Russie pour 2018 et surtout au Qatar pour 2022, la Coupe du Monde a mauvaise réputation.

Qatar : une victoire à double tranchant

Cela fait plusieurs années que le Qatar investit massivement dans le sport : obtention de grandes compétitions internationales, rachat ou sponsoring de clubs de sport emblématiques (PSG, FC Barcelone), construction d’infrastructures sportives de pointe, etc. Cette stratégie, étudiée pour améliorer sa notoriété et son pouvoir diplomatique, avait trouvé sa victoire la plus éclatante quand le Qatar avait remporté l’organisation de la Coupe du Monde 2022 à la surprise générale.

En réalité, il semblerait que cette victoire soit en train de se retourner contre le Qatar d’une part, et la FIFA d’autre part. De nombreuses voix ont ainsi commencé à s’élever contre le casse-tête que représente, par exemple, l’organisation d’une compétition sportive en plein air dans un pays où il fait plus de 40°C en été.

Des conditions d’attribution au Qatar opaques

Mais depuis quelques semaines, ce sont plutôt les conditions d’attribution, notamment des accusations de corruption au moment du vote, qui placent FIFA et Qatar dans la tourmente. Au coeur de la polémique, on retrouve l’homme d’affaires qatari Mohamed Bin Hammam, ancien Vice-Président de la FIFA qui aurait organisé un vaste système de corruption pour que le petit état du Golfe rafle la mise. Sa démission forcée et son bannissement de toute fonction liée au football en 2012 n’ont fait que renforcer les doutes.

Enfin, la surexposition médiatique consubstantielle de l’organisation d’une Coupe du Monde a également fait découvrir au monde entier les conditions de travail inhumaines des ouvriers indiens et népalais sur les chantiers des stades (on a parlé d’un millier de morts).

Du strict point de vue de la réputation, les affaires autour de l’attribution de la Coupe du Monde 2022 ont eu l’effet exactement inverse à celui recherché par la stratégie sportive du Qatar. Plutôt que de déplacer la conversation, cela a mis en lumière la part d’ombre du pays (qu’elle soit réelle ou fantasmée d’ailleurs) : pratiques financières opaques, corruption, conflits d’intérêts, non-respect des droits de l’homme…

L’e-réputation de la Coupe du Monde en question

Le Qatar n’est pas un cas isolé. Des soupçons de corruption pèsent aussi sur l’attribution de la Coupe du Monde 2018 à la Russie. De son côté, la Coupe du Monde 2014 qui a eu lieu récemment au Brésil a été l’objet d’une très forte contestation de la part d’une population qui ne comprenait pas que les sommes exorbitantes dépensées pour l’organisation (8 milliards d’euros) n’aient pas été plutôt investies dans des réformes sociales nécessaires.

L’accès à l’information, et surtout la vitesse de sa diffusion, autorisé aujourd’hui par les nouveaux médias, joue un rôle primordial dans le cas du Brésil. Il y a 4 ans, bien que de deux fois moins importantes, les dépenses d’organisation de la Coupe du Monde représentaient déjà une somme incompréhensible pour un pays comme l’Afrique du Sud qui avait au moins autant besoin de réforme que le Brésil d’aujourd’hui. Pourtant, il n’y a presque pas eu de contestation. Il faut dire qu’à l’époque, les infographies étaient encore rares, Instagram assez confidentiel, le volume d’articles sur le web moindre et l’influence de Twitter bien plus discutable. Autant de leviers qui se sont emparés du sujet Brésil avec une force indiscutable.

De la même façon, une interview maladroite (pour faire dans la litote) de Michel Platini demandant aux Brésiliens de mettre leurs mouvements sociaux en pause pour donner “une bonne image” de leur pays pendant la Coupe du Monde, a fait un buzz inattendu et provoqué l’indignation générale (et pour rester sur le sujet vidéo, je vous invite à aller voir ce décryptage hilarant de John Oliver sur la Coupe du Monde au Brésil et la FIFA).

Panem et circenses

Les conséquences de ces différentes affaires ne sont pas neutres. Dans le cas du Qatar, outre une réputation sérieusement écornée, il existe une vraie probabilité qu’un nouveau vote soit organisé si les malversations sont confirmées. Sony, Adidas, Hyundai et Visa, tous parmi les principaux sponsors de la FIFA, sont même sortis de la réserve habituelle des marques partenaires pour demander une enquête. Cela montre également que la transparence qui est de mise aujourd’hui oblige à être irréprochable au moment de s’exposer médiatiquement.

Dans le cas du Brésil, c’est l’opinion publique qui a été touchée. En 2009, 79% des Brésiliens étaient favorables à l’accueil de la Coupe du Monde ; en 2014, ils n’étaient plus que 48%. Nul doute qu’ils s’en souviendront au moment des prochaines élections. Comme si ce n’était pas suffisant, les déroutes de la Seleçaõ face à l’Allemagne et les Pays-Bas ne devraient pas non plus arranger les affaires de Dilma Roussef.

Cela étant dit, une fois la compétition lancée, la fameuse formule “Panem et Circenses” (du Pain et des Jeux) de nos amis latins redevient immédiatement d’actualité. Le rouleau compresseur du divertissement reprend tous ses droits et les protestations, aussi légitimes soient-elles, sont reléguées loin derrière les exploits des Neymar, Messi et autres Benzema…