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Facebook retire l’option « rester introuvable »

La nouvelle commence déjà à être relayée : le 10 octobre Facebook se fendait d’un communiqué pour enterrer définitivement une « vieille fonctionnalité de recherche ». Perdu au milieu des autres paramètres, ce « Qui peut consulter ma Timeline grâce à mon nom ? » existait semble-t-il depuis les débuts… et va définitivement disparaître.

L’invisibilité sur Facebook n’existe pas

Jusque fin 2012, il était possible de paramétrer son compte pour le rendre invisible lors d’une recherche sur le moteur de recherche interne du réseau social. Une recherche sur « Pierre Martin » affichait l’ensemble des Pierre Martin du réseau, à l’exception de ceux qui utilisaient cette fonctionnalité. Il était pour autant toujours possible de trouver cet habile Pierre Martin par le biais de ses amis, des commentaires qu’il laissait, des photographies sur lesquelles il était identifié… L’utilité du mécanisme était dès lors réelle, mais extrêmement limitée.

En 2012, Facebook annonce la suppression future du mécanisme. Après avoir fermé la possibilité d’y recourir, le réseau social annonce son retrait définitif.

Vous n’utilisiez pas cette fonctionnalité ? Moi non plus. Cette suppression ne devrait pas léser beaucoup de monde.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose

Le plus intéressant dans cette histoire n’est pas l’annonce elle-même, mais plutôt les remous que cette annonce suscite. Les spécialistes auront tôt fait de publier un article sur le sujet ; soyons honnêtes, nous sommes nous-même parmi les premiers à nous jeter dessus. La presse plus généraliste ne tardera pas à suivre, et chacun ira de sa manchette pour signaler cette modification pourtant mineure dans les faits. Quand Facebook bouge, le monde entier frémit.

Ce n’est pas à nous, dans ces colonnes, de déterminer s’il faut s’en inquiéter ou s’en réjouir. Le fait est que cette annonce, pour anodine qu’elle puisse être, est symptomatique de l’importance que Facebook a pris dans nos vies. Les décisions du réseau font l’objet d’une médiatisation importante et sont très largement analysée et commentée. Elles le sont parce qu’elles touchent potentiellement des millions de personnes. Elles le sont aussi – surtout ? – parce que si ces millions de personnes font suffisamment confiance à Facebook pour lui céder leurs données les plus personnelles, ce n’est jamais sans se départir d’une certaine méfiance, justifiée. Si Facebook change, n’est-ce pas pour me faire un coup dans le dos ?

En vérité, une telle annonce a de quoi réjouir. Une option qui permet de « rester introuvable » sur un réseau social dont l’objet même est de rendre visible était au mieux une bizarrerie, au pire un danger. Il n’est jamais bon de laisser croire à quelqu’un que ses données sont protégées quand elles ne le sont pas.

Mais si l’on doit saluer cette annonce, c’est surtout pour nous rappeler une nouvelle fois que Facebook n’est pas une démocratie mais également que l’utilisateur n’est pas le propriétaire de son compte. Rien n’interdit à la société de modifier ce qu’elle entend modifier sur une décision unilatérale, si ce n’est la volonté de garder ses utilisateurs et donc de ne pas trop les brusquer.

Cette histoire, qui aura disparu de nos esprits dans une semaine, doit au moins servir à nous rappeler cette vérité. Facebook n’est pas à moi, à moi de prendre garde à ne pas trop m’y sentir comme chez moi.

La monétisation de nos données pour finalité ?

Pourquoi le réseau social a-t-il décidé cette modification ? Le communiqué de Facebook insiste sur le peu d’importance de la modification de cette « veille fonctionnalité » pour « le faible pourcentage de personnes qui l’utilisaient encore ».

A y regarder de plus près, cette modification semble s’inscrire dans une dynamique plus vaste, dont la finalité est bien entendu une meilleure monétisation de nos données. Il n’est plus possible de se cacher des recherches sur Facebook. Cela va curieusement de pair avec la grande nouveauté du réseau : le graph search. Indubitablement, Facebook souhaite qu’il soit possible d’effectuer des recherches les plus larges possibles, et que ces recherches fournissent des résultats les plus pertinents possibles. D’ailleurs aviez-vous remarqué qu’il n’est plus possible de changer de nom sur Facebook de manière illimitée ? Qu’il n’est plus possible de remplacer son nom actuel par un autre qui n’a rien à voir ?

Chaque infime modification permet sans doute de mieux comprendre le « grand dessein » de Facebook. Celui d’une monétisation plus efficace des données à caractère personnel, grâce à des outils techniques intelligents et à des verrous savamment disséminés. Tout est lié.