De la protestation digitale pacifiste vers la protestation digitale illégale
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De la protestation digitale pacifique vers la protestation digitale illégale

Ces dernières années ont connu des crises politiques, des scandales, des révélations de secrets diplomatiques qui ont conféré au web un pouvoir politique et en ont fait une plateforme d’expression des contestations de toutes sortes mais aussi un lieu de ralliement et de coordination de manifestations de grande envergure et surtout de grande portée.

Nous l’avons vu avec le printemps Arabe, la protestation a pris une forme digitale. Mais celle-ci a évolué et a désormais deux facettes : la protestation digitale dite pacifique et la protestation digitale dite illégale.

Si la protestation digitale pacifique est arrivée à un point d’influence extrême avec la révolution tunisienne ou égyptienne, la protestation illégale semble n’en être qu’à ses débuts. Son évolution croissante et rapide se fait ressentir de plus en plus intensément au fil des événements qui animent le web.

Commençons par définir les limites de la terminologie employée.

La protestation digitale pacifique

La protestation digitale pacifique consiste à employer le web comme média pour diffuser des idées et mobiliser. Dans le passé, ce créneau appartenait surtout aux auteurs, philosophes et plus récemment à la presse. Ces idées et convictions rendues publiques peuvent avoir une influence sur la politique et sur le comportement des foules. Elles peuvent éventuellement aboutir à des révolutions menant à des renversements de gouvernements ou à l’obtention de droits nouveaux : aboutissements « suprêmes » d’une protestation.

La protestation digitale illégale

La protestation digitale illégale, vise les mêmes objectifs : obtenir des droits, changer les choses. Cependant, les revendications ne prennent pas le même mode opérationnel et surtout sortent des limites de la loi.

Nous entendons ici l’illégalité au sens de l’approche des démocraties occidentales. L’illégalité dans certaines dictatures, comme l’Iran ou la Chine, est en effet poussée au point qu’elle pourrait toucher ce que nous, occidentaux, appelons protestation pacifique !

Si la fin est souvent justifiée, les moyens ne le sont pas forcément toujours. La limite entre le « bien » et le « mal » est plus difficilement perceptible en ligne car les législations sont souvent à la traîne dans le secteur de l’Internet. La liberté d’expression reste un argument largement utilisé pour justifier ce que certains considèrent comme des atteintes au droit. Mais les Etats réagissent, de nouvelles législations voient le jour. L’Etat Américain va même jusqu’à considérer une cyber attaque contre une de ses institutions comme une déclaration de guerre.

Dans le fond les ambitions sont proches, mais les moyens d’y parvenir non. Comment et pourquoi la protestation online prend de plus en plus une forme illégale ?

Les sources de la protestation digitale illégale sont variées

Etats-unis, Assange, Anonymous - Les sources de la protestation digitale illégale sont variéesIl y a tout d’abord, bien évidemment les fameux Anonymous. Collectif de hackers indépendants, les Anonymous plaident en faveur de principes dont les axes majeurs sont la liberté d’expression et le libre accès à l’information. Les Anonymous se réclament de différentes factions politiques (identifiables via les canaux IRC). Les actions qu’ils mènent se traduisent par des actes de piratages informatiques à l’encontre d’administrations ou d’entreprises privées dont ils considèrent le comportement contraire à leurs principes fondamentaux.

Par exemple, en janvier 2012, lorsque la fermeture du site de téléchargement de Vidéos Megaupload a été annoncé, les Anonymous ont agi avec virulence contre des sites symboliques tels que le site du Ministère de la justice américaine, le site d’Universal Music ou encore le site français Hadopi.fr.

Mais les Anonymous ne s’attaquent pas uniquement à des organismes commettant des entraves à leurs principes aujourd’hui, mais aussi à des institutions qui auraient compromis leur idéologie dans le passé. Ainsi, le site Internet du Vatican a été bloqué en mars 2012. Le communiqué publié par les Anonymous accuse l’Eglise d’être responsable de fautes au cours de son histoire, comme la vente d’indulgences au XVIème siècle et l’immolation par le feu d’hérétiques sous l’Inquisition.

Le web permet ainsi aux protestataires de se soulever contre un fait passé tout en ayant des répercussions sur le présent. Cette nouvelle faculté favorise donc l’émergence de ces réactions protestataires illégales.

Les Anonymous ne sont pas les seuls à agir sur ce terrain

En effet, des acteurs comme les mouvements terroristes, ont trouvé dans le web un nouveau lieu d’action, de diffusion plus massive de leur propagande, de récolte de fonds mais surtout de recrutement de terroristes.

Des insurgés Somaliens, appartenant à une branche d’Al-Qaida, ont par exemple utilisé Twitter comme arme de communication. Ils s’adressent directement à l’armée Kenyane pour la tourner en dérision ou encore font appel à de nouvelles recrues.

la présence du terrorisme sur Twitter fait partie d’une tendance émergente

Comme le souligne Jeffrey Gettleman, journaliste du New York Times, les experts en terrorisme confirment que la présence du terrorisme sur Twitter fait partie d’une tendance émergente selon laquelle des groupes terroristes utilisent de plus en plus fréquemment les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, MySpace, ou encore YouTube comme arme. L’utilisation de la langue anglaise souligne clairement que les messages publiés sont destinés à être lus à l’international, afin d’amplifier la portée des actions.

Enfin, les syndicats, les associations et ONG sont encore d’autres acteurs susceptibles de mener des actions de protestation digitale dans des sentiers qui s’éloignent du cadre de la loi. Les syndicats par exemple encouragent leurs militants à attaquer des pages Facebook d’entreprises dont le comportement leur déplait. (Voir article Ce que nous réserve l’e-réputation en 2012, prédiction N°10). Ils encouragent également des salariés à diffuser des informations confidentielles afin de porter préjudice à l’entreprise en dévoilant des faits qui pourraient remettre en cause leur marque employeur.

Toutes ces attaques ont vocation à se multiplier et à prendre de l’importance

En effet, tout d’abord, les technologies de l’Internet sont devenues un passage obligé pour les entreprises, les administrations et les institutions. Le web n’est pas uniquement utilisé à des fins commerciales ou de communication, mais aussi pour des finalités de stockage de données, d’échanges commerciaux, etc.

De plus, les techniques de protection et de sécurité évoluent à peine plus rapidement que les techniques des hackers.

Par ailleurs, il s’agit d’un moyen qui expose moins les contrevenants puisqu’il est plus difficile de les retrouver que pour les infractions commises dans le monde réel. Surtout si l’auteur de la « protestation » se trouve à l’étranger.

Enfin, l’impact est bien plus important, dans un premier temps grâce à l’effet de paralysie que cela peut avoir sur l’institution qui en est victime, dans un second temps grâce à l’effet de publicité que l’action prend avec la viralité du web.

Les protestations digitales pacifiques vont-elle pour autant disparaître ? Je ne le pense pas, mais, à mon avis, le poids que prennent les protestations digitales illégales sera explosif !

  • Vincent

    Bonjour Liv,

    Un article intéressant qui, je pense, rappelle bien que l’on peut aussi protester en avançant des idées et pas seulement en disant « bouh, ça, c’est pas bien », merci.

    Néanmoins je trouve que le rôle et l’importance que peuvent avoir des « protestations digitales illégales » pourrait être mieux représenté. Car il faut bien le dire, le déni de service, c’est joli 5 minutes mais ça tombe dans la banalité et on peut s’interroger sur l’utilité de rendre un site indisponible pendant 24h. Cela marque le coup, mais  c’est tout.

    Une des dernières grosses actions de protestation digitale illégale menée par Anonymous est pour moi le hacking des boites mail d’Ennahda, le parti dirigeant la Tunisie.
    http://owni.fr/2012/04/17/les-anonymous-devoilent-ennahda/ 

    Là, oui, il y a une utilité, une dénonciation qui a plus de chance d’ouvrir les yeux du grand public, une réelle protestation. C’est dans ce sens qu’il faut selon moi attendre les futures actions de protestations digitales illégales. Mais c’est aussi là qu’il y a des risques incontrôlés et probablement à peine envisagés par les hackers concernés, malheureusement.

    Bonne journée,
    Vincent

    •  Effectivement Vincent, nous n’en sommes qu’aux prémices, je pense que ce type de protestations va évoluer pour sensibiliser plus efficacement le grand public et les pouvoirs publics aux problématiques soulevées.
      Il ne faut cependant pas oublier l’impact financier que peuvent avoir des actions comme le déni de service sur les entreprises qui sont touchées.
      Bonne journée!