Palmarès des sites officiels des chefs d'états
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Palmarès des sites officiels de présidents : Obama loin devant, suivi par Chavez et Khamenei. Sarkozy loin derrière

Palmarès des sites officiels des chefs d'états

L’annonce de candidature à la présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy a été accompagnée du lancement d’une nouvelle page Facebook et d’un nouveau compte Twitter (ainsi que de la suppression de quelques comptes Twitter un peu taquins). Toute la presse française s’est levée pour applaudir ce dispositif de campagne en ligne new-age venant d’un président pas si new-age sur la question du numérique. Si le président candidat sait nous prouver que son équipe de communication sait coordonner un projet, on peut cependant déplorer l’absence d’un site officiel dans son dispositif de guerre électorale.

Obama a tout compris

L’absence d’un site officiel est étrange, car si l’on prend le dirigeant politique que tous les stratèges Web politiques français copient et émulent – Obama – on observera que celui-ci en possède un: Barackobama.com. Il va d’ailleurs bien plus loin en proposant d’autres sites destinés à lutter contre la désinformation de ses opposants politiques: Attack Watch, Keeping his Word, et Keeping GOP Honest, trois sites qui lui permettent de réguler l’information qui circule à son sujet, une belle démonstration de gestion musclée de son e-réputation.

Et pourtant, il semblerait que Nicolas Sarkozy, et les autres dirigeants politiques du monde, boudent l’idée de créer un site officiel.

Audit des sites perso de dirigeants politiques

Pour mieux appréhender l’ampleur de ce manque de modernisation chez notre président actuel, j’ai effectué un petit audit de la situation: J’ai créé une liste de tous les dirigeants politiques au monde (présidents et premiers ministres), je suis allé voir combien d’entre eux possédaient un site officiel, et surtout à quoi ceux-ci ressemblaient.

Je me suis basé sur une liste des présidents/premiers ministres actuels de tous les pays du monde trouvée sur Wikipédia. J’ai tapé chaque nom dans Google.fr, et je me suis limité à la première page des résultats pour voir si un site officiel y était référencé.

La liste contenait 377 noms (pour 196 pays).

Sur les 377 dirigeants politiques sondés, seuls 43 ont un site officiel, soit seulement 11,5%!

Les dirigeants politiques mauvais élèves de l’e-réputation

Beaucoup de dirigeants ont fait publier une biographie extensive et flatteuse sur le site officiel de la présidence, mais très peu ont pris le temps de créer leur propre site officiel. Dans Google.fr, Wikipédia représente le premier résultat pour presque l’unanimité des dirigeants sondés. Les pages “tags” des sites de presse internationale (RFI, BBC, …) remontent aussi systématiquement. C’est aussi assez triste à constater, mais plusieurs dirigeants politiques ne gèrent absolument pas leur e-réputation, et sont victimes de “fakes” qui ternissent instantanément la perception que l’on peut se faire d’eux.

Voici la liste des fakes que j’ai retrouvé sur les 1ères pages de Google des dirigeants politiques sondés:

  • Nicolas Sarkozy: le roi de la timeline Facebook connait également le plus gros fail en termes de gestion de l’e-réputation. Ainsi, lorsque l’on tape Nicolas Sarkozy dans Google.fr, on trouve le site sarkozynicolas.com, un site qui aujourd’hui se fait passer pour le site de campagne 2012 du président-candidat. Il y a encore quelques mois, le site affichait des vidéos de l’interview de Frédéric Mitterand sur TF1 au sujet de la pédophilie. Pas très reluisant (consultable via les services d’archivage du Web).
  • Ian Khama, président du Botswana, http://www.iankhama.com/
  • Frank Bainimarama, premier ministre intérim des îles Fidji, https://twitter.com/#!/bainimarama
  • Mahinda Rajapakse, président du Sri Lanka, http://presidentmahinda.wordpress.com/
  • Stephen Harper, premier ministre canadien, http://www.quelitstephenharper.ca/
  • Benigno Aquino III, président des Philippines, http://www.noynoy-aquino.com/
  • José Maria Neves, premier ministre du Cape Verde, https://twitter.com/#!/bainimarama

Emile Boc, ancien premier ministre de la Roumanie, gagne la #lolcup avec cette vidéo à mettre dans les annales et en première page de Google (oups, c’est déjà fait):

Et pour contre-balancer ces présences négligées sur le Web, notons sur la première page d’Hugo Chavez un site d’actualités pro-Hugo Chavez entièrement francophone, manifestement entretenu par un fan, qui relaie les infos essentielles et assure ainsi la liaison avec un public français (http://chavezhugo.wordpress.com/). +1

Top 2 des meilleurs sites perso de président

Les sites les plus agréables en termes de design, ergonomie, mais aussi au niveau de la ligne éditoriale, contenu multimédia, n’appartiennent pas forcément à ceux que l’on aurait supposés. Ci-dessous le top 2 des meilleurs sites officiels de présidents :

Hugo Chavez – Venezuela

Lorsque l’on ne connait Hugo Chavez uniquement par la voie de la presse, on s’imagine un personnage assez brutal, peu commode, qui cherche tout le temps le conflit avec les américains. Son site perso permet de se faire une autre image du personnage: un dirigeant ouvert au débat (mise en avant du compte Twitter, du flux), en bons termes avec ses voisins sud-américains, et cultivé (publication de passage de livres engagés).
http://www.chavez.org.ve/
Hugo Chavez

Ali Khamenei – Iran

Même effet du côté iranien: les média français véhiculent une image très négative de l’Iran, ce pays étant un des leaders du camp inverse au nôtre sur l’échiquier mondial. Le site Ali Khamenei, “Guide” de la nation iranienne, met en avant un personnage sage, réfléchi et ouvert (il bat tous les records en termes de langues représentées sur un site perso).
http://www.khamenei.ir/
Ali Khamenei 1Ali Khamenei 2

Le pouvoir de changer l’opinion

On remarque ici que ces 3 présidents sont des personnages assez controversés sur la scène politique, mais leur site perso permet de se forger une opinion beaucoup plus soft que celle induite par les média. Je ne dis pas que ces sites rétablissent une vérité bafouée par les média, mais simplement que ces sites ont le pouvoir de rassurer, voir même de séduire, peu importe la vérité qui est derrière. Ce sont donc de puissants outils de communication politique.

…Et puis il y a les flops

Cependant attention! Juste n’importe quel site sans intérêt et sans âme ne fera pas l’affaire. A côté des jolies réalisations que je viens de vous présenter ci-dessus, on trouve d’autres dirigeants politiques faisant preuve de moins de sensibilité avec l’image que leur site officiel véhicule d’eux-mêmes. On voit alors comment un mauvais site perso, même pour un dirigeant politique, peut ne pas engranger les bénéfices escomptés:

Ikililou Dhoinine – Comores

Bienvenue chez le grand gagnant des pires sites officiels de présidents d’Etat. Pour mieux se faire connaître, le président des Comores a mis en ligne un petit bijou de site qui consiste en une introduction animée à couper le souffle (tellement c’est bien!), suivi d’une page d’accueil qui propose de manière ergonomique (et surtout très simple, le minimalisme étant la tendance) de découvrir le personnage.
http://www.dhoinine.com
Ikililou Dhoinine 1Ikililou Dhoinine

Mohammed ben Rachid Al Maktoum – Émirats Arabes Unis

Au fait, le premier ministre des Émirats Arabes Unis possède un site officiel plutôt bien conçu techniquement et visuellement, à un détail près: La dureté de l’expression des traits de son visage sur chacune des photos qui donne des sueurs dans le dos. L’objectif d’un site perso est de sourire et de montrer qu’on est cool, mais les photos sélectionnées pour ce site montrent un homme qui a l’air froid, triste (et parfois un peu énervé)… Brrrr!!
http://www.sheikhmohammed.co.ae/
Mohammed ben Rachid Al Maktoum

Rafael Correa – Equateur

Le président équatorien est un original, et ça se voit dans son site: Une splash page nous offre une image et un message signé du personnage, ainsi qu’un lien vers son blog: l’Economie en vélo! Sur le blog, on découvre une photo du président en vélo, habillé comme un dimanche à la campagne. L’approche est sympathique, mais on a du mal à imaginer que ce sympathique bonhomme en VTT puisse mener son pays d’une main de fer.
http://www.rafaelcorrea.com/
Rafael Correa 1Rafael Correa 2

Le pouvoir de forger la mauvaise opinion

Ici, c’est un peu l’effet contraire à celui des top 3 qui se produit: Disons qu’un internaute belge ne connaît pas particulièrement les trois personnages cités plus haut. Il tape donc leurs noms dans Google. En arrivant sur ces sites, notre internaute belge va penser que Ikililou Dhoinine n’a aucune personnalité, pas même une empruntée à sa culture, que Mohammed ben Rachid Al Maktoum doit appliquer dans son pays la même autorité que celle qui se lit sur son visage, et que Rafael Correa a l’air d’être de bonne compagnie pour partager un Ricard, peu importe la personne en charge du pays pendant ce temps.

Les dirigeants politiques doivent prendre en main leur image, et il leur est impossible de négliger cette tache qui les incombe, au risque d’entacher l’image et la réputation de leur propre pays.

Les compétiteurs, proches du top 3

Si certains sites officiels de dirigeants politiques n’ont pas été cités dans le top 3, ils n’en restent pas moins des bonnes réalisations, des sources d’inspiration pour tous les pros de la com politique en ligne. En voici quelques-uns qui proposent des solutions plus modestes de modélisation d’un site officiel de dirigeant politique:

Yayi Boni – Bénin

Le site perso du président du Bénin n’est pas un chef d’oeuvre en soi, mais tous les éléments pour une bonne com politique sont là: Identité graphique prononcée, actus, rubriques, photos, vidéos, profils sociaux… L’objectif de proximité avec le personnage est atteint.

A noter que Alpha Condé, le président de la Guinée, vient de sortir son nouveau site, qui est un copié-collé de celui de Yayi Boni, ce qui est bon signe pour le site de ce dernier: http://alphaconde.com/new/
http://www.boniyayi.bj/
Boni Yayi

Juan Manuel Santos – Colombie

Voilà un site propre, bien conçu, avec déroulement dynamique des dernières actualités, widget Facebook et Youtube, rubriques, et une bannière bien peaufinée. On remarquera surtout la présence centrale d’une timeline qui retrace sur une frise chronologique les dernières actions du président, une fonctionnalité que Juan Manuel Santos peut se vanter d’avoir lancé avant Sarkozy/Facebook (même si beaucoup moins bien conçue). Dommage que le tout carbure surtout au Flash, cela ralentit le chargement de la page et l’interaction avec le contenu.
http://www.santospresidente.com/
Juan Manuel

Cristina Fernández de Kirchner – Argentine

Le site de la présidente d’Argentine est un très bel exemple de construction d’un site fondé uniquement sur de l’import de flux de réseaux sociaux: un slider vidéo avec une navigation augmentée des vidéos et une lecture instantanée, suivi des widgets Twitter et Facebook, et d’un slideshow Flickr. Le tout sur une image de fond de foule acclamant le couple présidentiel. Très fort! Dommage qu’au bout du compte le site soit creux: il n’est qu’un écho des réseaux sociaux qui y sont associés, sans ligne éditoriale propre.
http://www.cristina.com.ar/
Cristina Fernández de Kirchner

Andry Rajoelina – Madagascar

Depuis l’île de Madagascar, le président de la transition nous propose un site sans prétention mais complet et bien réalisé: Slider central et bien fourni, actus, photo, bio en 3 langues, vidéos, le tout dans un ton sobre, respectueux de la tourmente politique qui malmène le pays depuis plusieurs années.
http://www.andry-rajoelina.tv/
Andry Rajoelina

“Est-ce culturellement différent, ou tout simplement nul?”

Certains dirigeants politiques ont certes les moyens de frapper fort, mais décident bizarrement de frapper mou. Leurs sites officiels n’attirent pas, ne sont pas engageant, ne provoquent pas une sensation de proximité. Peut-être est-ce juste culturel, mais ce qui est sûr c’est que ces sites ne conviennent pas à un contexte international.

Angela Merkel – Allemagne

Il faut au moins reconnaître que la chancelière allemande ose le site perso alors que son homologue français y a renoncé. Malheureusement, le site est simple, trop simple, à la limite du vide, avec deux billets sur la homepage et pleins de liens écrits en allemand (normal vous me direz). Il se passe peut-être quelque chose, mais ça ne se voit pas: l’internaute non-germanophone ne ressent aucune émotion en arrivant sur le site, et aucune en repartant.
http://www.angela-merkel.de/
Angela Merkel

Norodom Sihamoni – Cambodge

Celui-là, je vous laisse juger par vous-même 🙂
http://www.norodomsihamoni.org/
Norodom Sihamoni

Garry Conille – premier ministre Haïti

Garry Conille est le premier ministre d’Haïti, le seul premier ministre qui est cité dans cette étude et qui n’apparaît malheureusement pas dans le paragraphe le plus flatteur. Son site est un template WordPress trop classique pour être vrai, le slider affiche en premier une photo de mauvaise qualité du personnage avec un gros “RATIFIE” écrit dessus, et surtout on retrouve des encarts Adsense dans le pied de page (ce n’est d’ailleurs pas le seul site officiel de dirigeant politique sur lequel j’ai retrouvé des pubs).
http://garryconille.com/
Garry Conille

Conclusion

Dans l’univers global du Web, l’opinion de la population mondiale pèse de plus en plus lourd sur les leaders politiques de chaque pays. Eux aussi subissent les lois de la transparence numérique. Une bonne réputation est de rigueur pour rassurer l’opinion publique. Même si la presse s’occupe en majorité de former ces opinions, au titre de principal vecteur de l’information, les dirigeants politiques peuvent eux-mêmes prendre les choses en main et profiter des savoirs de l’e-réputation pour se forger une meilleure image sur la scène internationale.

Le président français mise uniquement (pour le moment) sur les réseaux sociaux pour interagir directement avec les internautes. Bien que le développement de communautés soit devenu un élément essentiel, il ne faut pas perdre de vu les contextes de consommation de l’information sur le Web: lorsque je cherche de l’information pertinente, je ne le fais pas sur Facebook, je le fais à partir de Google. Google est algorithmiquement programmé pour afficher le site appartenant à l’entité identifiée dans la requête. Un site officiel possède ceci que tout profil de réseau social ne possèdera jamais: Un contrôle total sur le contenu du site et donc sur les émotions de l’internaute.

La liste de tous les dirigeants politiques au monde possédant un site officiel