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Google Suggest, quand l’inconscient national scrute les politiques…


Comme praticiens de l’e-réputation nous nous intéressons depuis longtemps à Google Suggest, son fonctionnement, la jurisprudence le concernant, son influence sur l’image d’une entreprise comme d’une personnalité.

En ces temps de pré-campagne présidentielle et d’affaire DSK, des verrous ont sauté, des tabous ont été levés, de l’inconscient, du Ca même ont jailli.

Les hommes politiques ont leurs mystères, leurs vies privées réelles ou fantasmées mais nous ne sommes plus au temps jadis lorsqu’un De Grossouvre faisait face à un Edern Hallier ivre de vengeance et prompt à dénoncer la double vie de François Mitterrand. Aujourd’hui, au travers de Google Suggest, rumeurs et fantasmes, bref l’Inconscient d’une Nation se voit révélé aux yeux de tous.

Cet outil fascinant révèle les requêtes les plus tapées dans le moteur de recherche et dévoile donc ce qu’aucun sondage n’aurait pu ou voulu saisir. De l’encre a déjà coulé sur l’obsession relative à la judéité potentielle des personnalités publiques, quasi unanimement répandu parmi les personnalités politiques le suggest « juif ».

Nous nous sommes donc penchés sur les premiers suggests proposés pour chacun des principaux candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle. Comme en psychanalyse, nous pensons qu’il ne faut pas refouler, qu’il faut analyser les rêves et fouiller dans son Inconscient. Comment bâtir une stratégie gagnante en ignorant, repoussant ce qui anime les électeurs ? Il faut donc allonger les internautes français sur un canapé virtuel et écouter ce qu’ils ont à dire…

QUE DIT GOOGLE SUGGEST DE NOTRE INCONSCIENT COLLECTIF ?

Bien sûr, un mot-clé saute aux yeux tellement il revient et tellement il peut apparaitre incongru : juif.

L’on a beau avoir grenouillé dans tous les bénitiers de France comme François Bayrou, l’on n’y échappe pas. Il faut s’appeler Christine Boutin et revendiquer un catholicisme militant pour ne pas voir l’adjectif accolé à son nom.

Pourquoi « juif » ? Très probablement pour vérifier les origines de la personnalité comme souvent avec Google l’on mène sa petite enquête seul face à son ordinateur et à ses pulsions… Seulement voilà, Google lui n’oublie pas et agrège, accumule ces millions de requêtes pour en faire émaner une certaine réalité sociologique d’aujourd’hui (et d’hier ?). Et l’on voit donc la peur du « Juif » la suspicion de la cinquième colonne se matérialiser sur notre écran…

LA VIE PRIVEE, OBSESSION DES FRANÇAIS

 

Un autre élément ressort très nettement des recherches menées par les internautes français : ils sont avides d’informations relatives à la vie privée. Orientation sexuelle des candidats, situation maritale, informations sur le/la

conjoint(e), tout y passe…

L’on peut discuter à n’en plus finir de la pertinence de ces recherches, elles n’en demeureront pas moins là. Peoplisation des esprits, américanisation des mœurs politiques,déclin ??? Rien ne sert d’ergoter, il faut faire avec et répondre à ce besoin voyeuriste que les modernistes qualifieront de quête de la transparence. Les politiques d’aujourd’hui doivent devancer leurs électeurs et par là même atténuer certaines rumeurs en en disant plus, en en montrant plus. Le jeu est périlleux, probablement pénible mais ne peut probablement pas être évité à partir d’un certain seuil de crédibilité.

 

La succession des affaires de mœurs des derniers mois : les affaires Mitterrand, Tron, Ferry et surtout DSK n’ont fait qu’encourager ce penchant. Après le « tous pourris », le « tous pervers » ? Allons vite vérifier sur Google et voilà comment des termes tels que pédophile, violeur ou fétichisme côtoient les noms de nos dirigeants.

Si une appartenance religieuse n’est pas une injure, de tels termes en revanche peuvent y correspondre et la jurisprudence des tribunaux français tend à condamner Google dans de tels cas. Un politique peut donc réagir et mettre un terme à une association trop immédiate avec des mots-clés dévastateurs pour son image. Car, Google Suggest est un monstre qui se nourrit lui-même, une fois l’association faite, mécaniquement cette requête va devenir encore plus active. Non seulement les internautes qui voulaient taper cette requête mais également ceux qui en la voyant seront tentés.

ET LE PHYSIQUE ALORS ?

Appartenance religieuse, vie privée, sexe, la curiosité se porte également sur le corps du politique.

Que mange-t-il ? = maigri, amaigri, régime, poids, etc.

Que boit-il ? = alcoolique

Beau, belle ? = miss norvège :), taille, nu, torse nu, etc.

Est-il malade ?= malade, malade de quoi, cancer, etc.

Les explications sont ici multiples : d’un Mitterrand ayant menti pendant deux septennats, à la légitime volonté d’élire quelqu’un de capable, jusqu’à des motivations plus morbides…

GOOGLE SUGGEST QUOI ?

Alors qu’en conclure ? Google Suggest n’est qu’un outil froid, que l’on doit traiter comme tel ?

Oui et non, serais-je tenté de dire sans trop me mouiller. Oui car il fournit matière à étude pour beaucoup de monde (politologues, sociologues, marketeux du web) et ne présage pas des résultats que l’on trouvera. En effet, un suggest négatif peut déboucher sur des contenus positifs ou neutres.

Non, car c’est en quelque sorte une prophétie auto-réalisatrice : si le Suggest apparait, les contenus finiront par apparaitre (au pire sur des sites de scrapeurs sans foi ni loi). Non surtout car Google Suggest est manipulable, l’on peut générer des associations de mots clés dommageables (ou profitables) pour l’image d’un politique, il peut devenir un outil de tactique politique.

Alors, parfois il s’agira de prendre le taureau par les cornes et de refuser pour le politique une association par trop destructrice, d’autant plus que le Droit va dans ce sens comme le soulignait cet article des Inrocks .