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Fermeture de comptes Facebook pour les élèves harceleurs : une bonne mesure?

Photo: France Soir

Luc Chatel , ministre de l’éducation nationale, a annoncé aujourd’hui certaines mesures afin de lutter contre le harcèlement scolaire. L’une d’entre elles est la suppression du compte Facebook des élèves harceleurs.
En tant que professionnels de ce type de questions, nous ne pouvons que nous interroger sur ce type de mesure. Vous trouverez ci-après notre première analyse.

Le harcèlement sur Internet, qu’est-ce que c’est ?

Dans le cas présent, un élève utilise le web pour des moqueries, pour diffuser des photos ou vidéos d’un autre élève et cela de manière répétée.

Ce type d’actions se développe de plus en plus, même chez les adultes. Les conséquences peuvent être significatives pour les personnes harcelées.

Selon nous, il s’agit réellement d’un problème de plus en plus récurrent et le gouvernement a raison de s’en occuper.

Dans ce cas précis, un partenariat avec Facebook est-il une bonne solution?

L’éducation nationale a dû penser que Facebook, très populaire chez les jeunes, était le lieu où se produisait ce type de harcèlement.

De notre point de vue, se concentrer sur Facebook est une erreur pour deux principales raisons :

1- Facebook est loin d’être le paradis des harceleurs. En effet, sur Facebook, les élèves n’existent que par leur « Friends », donc parce qu’ils sont identifiés dans une communauté. Hors, nous savons d’expérience qu’un harceleur agit en général masqué, surtout quand il suffit d’imprimer une page dénigrante pour la montrer à son professeur ou à ses parents.

2- Mettre en place un partenariat avec Facebook revient à occulter des « lieux » beaucoup plus problématiques tels que les plateformes de blogging, twitter, les plateformes vidéos (Youtube et Dailymotion par exemple), les intranets des écoles… où il est beaucoup plus aisé de rester anonyme.

Une petite précision sur Facebook

Un nouveau profil se crée en 10 minutes.

Un tel partenariat semble très difficile à mettre en place dans la pratique

Que l’éducation nationale ait un accès privilégié avec Facebook, cela ne semble pas aberrant.

En revanche, qui décidera de supprimer un profil ? (visiblement les chefs d’établissements) et sur quels critères ? il existe déjà des lois pour cela et des juges pour les faire appliquer. Car sur ce dernier point, Facebook accepte déjà de supprimer un profil ou une page suite à une décision de justice, même si nous avons conscience que la cela reste une solution lourde.

En bref, beaucoup d’énergie pour traiter une petite partie de ce problème.

Au final, quelles solutions contre les harceleurs ?

Le sujet est de plus en plus complexe, mais il existe actuellement deux types de solutions à creuser :

1- Obliger les différents réseaux sociaux et plateformes de blogs à se doter d’un système de modération efficace. Pour faire simple, lorsque l’on signale un profil ou un blog comme « abus », qu’une personne chez Facebook ou Blogger (par exemple) étudie brièvement la situation et agisse (avertissement, suppression…). Pour le moment, ceci n’est pas le cas. Cette solution semble très difficile à mettre en œuvre (besoin de légiférer au niveau européen à minima) et très coûteuse (500 millions d’utilisateurs Facebook…).

2- Se doter d’instances capables de rendre des décisions de justice peu-coûteuses, rapides et adaptées au web (sur les délais de prescription par exemple). Cela ressemble légèrement à la première solution mais avec le coût supporté par la collectivité.

Aucune solution ne parait idéale à ces nouvelles problématiques. Il est en revanche très probable que ce sujet revienne de plus en plus souvent, d’une manière plus large que le harcèlement à l’école, sur le devant de la scène.