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Affaire Renault: s’ils sont innocents, que fait-on pour leur e-réputation ?

Affaire Renault: s’ils sont innocents, que fait-on pour leur e-réputation ?

Affaire Renault: s’ils sont innocents, que fait-on pour leur e-réputation ?

L’affaire d’espionnage de Renault a fait – très – grand bruit dans les médias et n’a pas ménagé la présomption d’innocence des trois ex-cadres licenciés. En effet, leurs portraits ont été  largement dévoilés dans les médias traditionnels et en ligne, leurs noms ont été cités des centaines de fois, des vidéos ont été diffusées… une réelle tempête médiatique.

Alors que leur cas était quasiment acté il y a encore quelques semaines (il était annoncé dans les médias que « les espions auraient touché des centaines de milliers d’euros sur des comptes offshore ») l’affaire s’est brusquement retournée : les « espions » seraient en fait innocents !

Sans vouloir rentrer dans le fond de l’affaire, nous allons tenter de nous projeter dans un futur où les cadres accusés seraient totalement blanchis : quid de leur e-réputation ? comment peuvent-ils réparer cela si cela est réparable ?

Retour progressif à la vie normale ? Les temps ont changé

Il y a encore quelques années, une affaire comme celle-ci, sans être complètement oubliée, aurait pu finir par tomber dans l’oubli, en particulier pour ce qui est des personnes concernées (leurs noms, visages, rôles…). Refaire une vie après « l’Affaire » aurait été possible. Seule une émission télé tous les 10 ans serait venue vous la rappeler.

De nos jours, ce scénario est inimaginable : tout le monde « googlise » tout le monde, l’information est produite et reproduite en masse. Les « L’Affaire Renault un an après », « L’Affaire Renault deux ans après » seront diffusés chaque année. Dès qu’un cas similaire se reproduira, « l’Affaire d’espionnage de Renault » sera citée, ainsi que ses acteurs. De nombreuses théories risquent d’être entretenues (leur culpabilité par exemple, même une fois blanchis en justice et/ou par le constructeur).

Autre élément important. L’algorithme de Google peut aboutir à des résultats inverses à ceux du cerveau humain : il peut ainsi parfois donner plus de visibilité à des pages Internet anciennes qu’à des récentes. En résumé : en googlisant le nom d’un des trois ex-salariés de Renault, il n’y a pas de raison que le temps fasse disparaitre les traces de la tempête médiatique qu’ils ont subie.

Pour répondre à la question initialement posée : le retour à la vie normale sera difficile car les séquelles de l’affaire resterons visibles.

Est-ce que des solutions existent ?

Une solution miracle ou l’on soumet un nom à Google pour leur demander de ne plus faire ressortir de liens qui y sont rattachés ? Non, cela n’existe pas et n’existera surement jamais.

Solution numéro 1 : Faire appel à des « Nettoyeurs du net » ? Le résultat ne pourra pas être optimal (plus de trace leurs liens avec l’Affaire) et le budget très significatif.

Il serait possible de « nettoyer » une partie des contenus les mieux référencés mais le résultat risque d’être aléatoire car :

-la loi française n’offre pas d’arme absolue contre ce type de situation (le droit à l’oubli n’est qu’un concept pour le moment) ;

Le seul « droit à l’oubli » qui existe en droit de la presse de façon certaine est prévu par les articles 35 et  65-2 de la loi du 29 juillet 1881 :

Article 35 :

« La vérité des faits diffamatoires peut toujours être prouvée, sauf :

a) Lorsque l’imputation concerne la vie privée de la personne ;

b) Lorsque l’imputation se réfère à des faits qui remontent à plus de dix années ;

c) Lorsque l’imputation se réfère à un fait constituant une infraction amnistiée ou prescrite, ou qui a donné lieu à une condamnation effacée par la réhabilitation ou la révision ; »

Article 65-2 :

« En cas d’imputation portant sur un fait susceptible de revêtir une qualification pénale, le délai de prescription prévu par l’article 65 est réouvert ou court à nouveau, au profit de la personne visée, à compter du jour où est devenue définitive une décision pénale intervenue sur ces faits et ne la mettant pas en cause. »

Les textes signifient qu’il serait possible de faire retirer toute publication relative à cette affaire si les cadres de Renault étaient officiellement « blanchis » par un tribunal des accusations d’espionnage. Ils pourraient alors faire retirer les publications dans les trois mois suivant le jugement sur le fondement de la diffamation publique.

Problème : il n’y a pas eu de procès concernant cette affaire. On perçoit ici les limites du droit avec internet….

-les liens sont très diffus (France et étrangers, presse/TV et blogs, forums de discussion…) et en grande quantité ;

Le budget serait très significatif car mobiliserait énormément de ressources (juristes, techniciens en référencement, attaché de presse…) pendant une longue période. De plus, l’affaire Renault concerne trois personnes, ce qui alourdit le travail.

Solution numéro 2 : Communiquer sur les trois cadres de Renault sans chercher à « Nettoyer » ? Surement pas suffisant pour les intéressés

Cette solution consisterait à communiquer autour du nom des ex-salariés de Renault afin de « noyer » les articles ou liens parlant de l’affaire d’espionnage.

Je doute que cette solution soit perçue comme optimale par les intéressés:

-de simples recherches affinées « prénom+nom+espionnage » ramèneraient à des liens problématiques.

renault-e-reputation

-une telle solution doit être entretenue pour être efficace ce qui implique des coûts récurrents.

-cette solution permettra de « noyer » le gros des informations mais ne résistera pas à une personne poussant un peu plus son investigation.

Solution numéro 3 : L’indemnisation pour le préjudice? Surement la meilleure solution

J’imagine ce que la plupart se disent : « bien entendu qu’ils vont être indemnisés !». Nous parlons dans ce cas précis d’une indemnisation pour le préjudice d’e-réputation. C’est-à-dire pour le fait de ne jamais avoir le droit à l’oubli.

Nous pouvons envisager que cette indemnisation puisse correspondre :

-soit au coût estimé de la « solution numéro 1 » + un surcoût correspondant au reliquat de préjudice (la part qui n’a pas été réglée).

-soit au coût estimé du préjudice (plus difficile à chiffrer)

Toutefois, lorsque le préjudice n’est pas purement économique, il est difficile d’évaluer financièrement la somme correspondant au dommage moral subi. L’affaire Kerviel en est un bon exemple : Les dommages-intérêts alloués ont très exactement correspondu au préjudice économique (certain et exact) subi par la banque.

Quoi qu’il en soit, cette problématique e-réputation sera significative dans l’avenir des trois cadres mis en cause dans cette affaire Renault et rappelle que la présomption d’innocence est d’autant plus importante qu’autrefois dans ce type de cas.